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Avenir

Ce climat qui devient trop chaud pour continuer à vivre paisiblement. Les catastrophes naturelles en passe de se démultiplier. Des villages entiers obligés de se déplacer. Des bactéries qu’on nous annonce devenir résistantes aux antibiotiques. Une sixième extinction planétaire des espèces vivantes qui se profile. Une guerre entre l’Europe et la Russie de plus en plus probable. Et enfin l’intelligence artificielle en passe de faire mieux que nous à tous les niveaux, puis de nous mettre hors-jeu.

 

Que va t-on devenir ?

 

J’aimerai soigner l’avenir, redonner aux jeunes et aux gens de quoi espérer.

Leur dire que tout finira par resplendir, mais au fond rien n’est vraiment gagné.

 

L’on peut quand même se souvenir que quelque soit l’époque et le lieu, aucune vie n’a été parfaitement mené. Tout le monde a fatalement connu son lot de souffrances.

L’histoire, par l’intermédiaire de l’écriture, nous l’enseigne. Depuis que l’homme consigne, qu'il laisse volontairement une trace, on a le sentiment d’une longue succession de guerres, de brutalité, de répression du sexe par la religion ou le collectif, mais aussi de maladies qu’on ne savait pas soigner, d’épidémies tragiques ou d’épouvantables famines.

On mourait d’ailleurs bien plus jeune que de nos jours (1). Très souvent de maladie, à la guerre, ou encore en accouchant. L’avenir immédiat devait sembler bien dangereux à ces époques aussi… Même les puissants n’étaient pas épargnés par les maladies, tout comme leurs enfants qui mouraient régulièrement en bas-âge.

Par conséquent même ceux qui ne s’en sortaient pas trop mal dans ce lot de drames voyaient leurs proches souffrir, et partir trop vite.

Qui de nos jours voudrait vivre dans un passé pareil ?

 

Car il faut le rappeler : à notre époque, le confort moderne s’est largement répandu, et l’on vit mieux que des rois au Moyen-Âge. Comme ces privilégiés à leur époque, on peut manger des plats savoureux toute l’année, et être chauffé en hiver, mais qui plus est, et contrairement à ces mêmes rois, on peut désormais avoir accès à l’électricité, à un réfrigérateur, à des toilettes, à internet, aux livres et au savoir, aux téléphones, à des transports rapides, etc. On vit aussi en moyenne nettement plus longtemps qu’à cette époque. Enfin, la plupart de nos nouveaux-nés ne mourront pas dans leurs premières années, ni leurs mères en accouchant. Cela change la donne, de trouver normal que nos enfants nous survivront, et que leurs mères pourront les élever.

 

Alors certes, on peut s’angoisser à l’idée des catastrophiques problèmes à venir… Beaucoup risquent fort de devenir réels. Mais il est bon aussi de mesurer le chemin parcouru depuis les débuts de l’histoire, et de ne pas perdre de vue qu’à bien des égards nos vies actuelles ne sont pas si horribles que cela.

 

Il faut avancer au jour le jour, et chercher à rester debout face à toutes les catastrophes annoncées, y compris celles que l’on n’aura pas anticipées, voir l’avenir comme un défi à relever, dont certes nous ne sortirons pas tous indemnes ni vivants. Mais qui espère vivre éternellement ? Ce n’est pas une possibilité biologique pour les humains de pouvoir vivre en bonne santé durant des centaines et des centaines d’années. Alors il faudra bien que chacun meurt un jour, qu’on le veuille ou non.

 

Quand à l’avenir de l’humanité, à titre personnel, je crois que nous n’existerons pas éternellement, et que tôt ou tard, des machines intelligentes prendront le relai après nous. L’intelligence artificielle finira sûrement par nous battre à plates coutures dans n’importe quel domaine intellectuel, et croisée avec des robots, ces machines feront certainement mieux que nous à tous les niveaux physiques. Sans oublier qu’elles pourront durer bien plus longtemps que nous, étant donné qu’elles seront capables de modifier leurs propres machineries et de s’adapter à bien plus de situations, de milieux physiques, d’atmosphères chimiques, que nous ne le pouvons nous-mêmes, limités que nous sommes par la nature de nos corps.

La vie 3.0, comme le dit Max Tegmark (2), prendra la suite. La vie 1.0 étant celle gouvernée par les lois darwiniennes de l’évolution, qui évolue et s’adapte très lentement : au fur et à mesure que se transmettent les adaptations bénéfiques entre chaque génération. Elle concerne toutes les formes de vie non-humaines sur Terre. Et la vie 2.0, qui regroupe tous les humains, est celle qu’il définit comme pouvant, en plus de l’évolution darwinienne, modifier son propre software (ce qui a permis l’évolution culturelle, cette accélération foudroyante de progrès qu’à connu l’humanité), mais pas encore son hardware…

 

Mais pour autant, ces machines intelligentes capables de modifier leur software et leur hardware (ce qui leur permettra de nous devancer, donc) ne vivront sans doute pas non-plus dans la facilité générale et la réussite continue. On peut toujours rêver à l’avenir réservé aux machines de type 3.0, mais au fond elles aussi connaîtront leur lot de virus informatique à combattre (3), de problèmes en tout genre à résoudre au fur et à mesure de leur évolution, voire d’imprévus contrariant, entre autres, leurs potentiels désirs de conquêtes spatiales.

 

Enfin, elles ne vivront probablement pas éternellement. En effet, si l’on en croit les lois de la physique, tous les destins possibles de l’Univers rendront cette perspective de vie éternelle impossible à très long terme. Bien après que la Terre et le système solaire soit devenue inhabitable d’ici quatre à cinq milliards d’années (4) ; et même si elles auront essaimé ailleurs, le destin le plus vraisemblable pour l’Univers semble être de finir par se refroidir et de se figer, jusqu’à ce que plus rien ne puisse y survivre (5). Elles ne seront par conséquent pas plus tranquilles vis-à-vis de leur avenir que nous ne le sommes actuellement.

 

Attachons-nous donc plutôt à continuer de trouver belles nos journées, beaux les humains quand ils coopèrent, s’entraident, et tout simplement quand ils s’aiment ; et belle la nature ! L’art, la gastronomie et la sexualité peuvent également nous aider à nous réjouir au quotidien. Soyons donc reconnaissant du confort que l’on a hérité, et profitons au présent des petits plaisirs de la vie, plutôt que de s'inquiéter seulement du futur. Et retenons que l’on n’est pas encore mort. Que l’on n’a pas encore dit notre dernier mot.

 

Ne laissons pas l’avenir, si sombre qu’il puisse paraître, nous démotiver ou nous endormir avant que l’on ne se soit vraiment couché. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir !

1. Les données fiables n’existent que depuis 1800 environ, mais il semble, d’après quelques rares estimations glanées sur internet, que l’espérance de vie à la naissance a oscillé entre 35 et 50 ans depuis les débuts de l’humanité jusqu’au XIXème siècle, époque où les progrès de l’hygiène et de la médecine ont permis une réelle amélioration. Mais c’est surtout au XXème siècle qu’une rupture s’est produite et que l’espérance de vie à la naissance à rapidement augmenté, pour arriver aujourd’hui à 73 ans au niveau mondial (source : www.worldometers.info/fr/).

2. Max Tegmark : La vie 3.0, être humain à l’ère de l’intelligence artificielle. 2018. Dunod

3. Hans Moravec : L’avenir des robots et l’intelligence humaine. 2019. Odile Jacob

4. Voir mon texte : D’un monde imparfait à une vie meilleure, 2019.

+ Peter D. Ward, Donald Brownlee : Vie et mort de la planète Terre. 2007. La Huppe

5. Jacques Paul, Jean-Luc Robert-Esil : La fabuleuse histoire de l’Univers : Du big bang au Big freeze. 2019. Dunod

+ Katie Mack : Comment tout finira (astrophysiquement parlant). 2021. Quanto éditions

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